Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 3,31-35.
Comme Jésus était dans une maison, sa mère et ses frères arrivent. Restant au-dehors, ils le font demander.
Beaucoup de gens étaient assis autour de lui ; et on lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent. »
Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? » Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.
Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, ma mère. »
Dans son langage tout particulier, Jésus à souvent s'entrechoquer des évidences humaines. C'est ainsi qu'Il dit à un moment: "Celui qui n'est pas avec nous est contre nous", mais c'est pour dire ensuite : "Celui qui n'est pas contre nous est pour nous". Certains m'ont parlé de "contradiction flagrante", mais non : il y a seulement un appel à ouvrir l'intelligence à l'Amour. Celui qui n'est pas avec nous, par son indifférence vécue, est tout à fait contre l'Amour; mais celui qui, tout en demeurant agnostique, pratique un humanisme ouvert à tous, alors celui-là, au jour du jugement se verra appeler parmi les bénis du Père et dira, étonné: "Seigneur, quand t'ai-je vêtu, visité, recueilli ?", car dans son désarroi, en s'efforçant de lutter contre les injustices, n'aura pas cessé de servir l'Amour.
De même dans ce passage, après avoir dit: "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais un glaive, et l'homme aura désormais pour ennemi les gens de sa propre maison", le voici qu'Il recompose la famille sur le plan spirituel: quiconque accomplit la volonté du père, est pour moi un père, un frère, une mère... Jésus a-t-il, ici, rejeté Marie sa mère ? Que nenni !, Il vient, au contraire, de déclarer qu'elle est deux fois sa mère, une fois par l'incarnation et la seconde, la plus importante, par son entier abandon à la volonté de Dieu.
Le Seigneur a le don et le pouvoir (évidemment, Lui qui a la source de tout langage), de faire se cogner les mots humains entre eux, et Il en fait jaillir un splendide et étonnant feu d'étincelles divines... Heureux celui qui a des oreilles et qui entend ! (En 2008, je songe aussi à Sr. Myriam et Sr. Marie-Ange, que j'ai rencontrées récemment: elles étaient sœurs selon la chair et sont devenues sœurs selon l'Esprit... Une des soeurs Clarisses est décédée l'an dernier... un an jour pour jour après le décès de son frère, curé d'une paroisse de la région : étonnant !)
15 Toi, Seigneur,
Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère,
plein d'amour et de vérité !
16a Regarde vers moi,
16b prends pitié de moi.
Plusieurs fois au cours de la semaine écoulée, j'ai subi des agressions verbales, dont une particulièrement sournoise, qui m'a fait - ce qui est rare chez moi, ressentir la présence du démon. Mais le Seigneur a aussitôt manifesté la puissance de sa protection et j'ai pu renvoyer mes adversaires en douceur en leur disant simplement: "Si je devais penser comme vous, qu'un cadeau que l'on m'a fait cache une mauvaise pensée, un piège et des intentions mauvaises, je ne saurais plus vivre. Oui, certainement, si un ennemi veut un jour m'empoisonner en m'offrant le "verre de la paix", alors je mourrai sûrement, comme un innocent (et vous direz un idiot) mais mourir en état d'innocence, c'est merveilleux ! Ce dimanche, j'ai pu communier en état de grâce (difficile de trouver un prêtre pour la Réconciliation durant les vacances) et à présent tout remonté dans mon coeur, je prie énormément et spécialement pour ma maman Léa - merci d'accepter ce partage peu ordinaire, mais à situation extraordinaire, mon partage sort de l'ordinaire....
Malheureux ceux qui, du fond de leur lit, méditent le crime, élaborent le mal !Au point du jour, dès qu'ils en ont les moyens, ils l'exécutent. S'ils convoitent des champs, ils s'en emparent ;des maisons, ils les prennent ;ils saisissent le maître avec sa maison, l'homme avec son héritage.
Oui, malheureux ceux qui consacrent leurs heures de sommeil à méditer un crime - et qui dès le réveil, le lendemain, vont au bout d'un projet néfaste ainsi conçu. Pour nous, l'heure du sommeil est celle où nous remettons au Seigneur nos soucis, celle où nous pensons le plus à ceux et celles qui nous manquent. Souvent, les miennes sont remplies des "choses-à-faire" que je ne dois pas oublier... jusqu'à ce que je m'endorme. En réalité, je me dis qu'en ces heures où l'homme doit s'en remettre à Dieu pour le salut de son âme, combien plus il est coupable s'il fait exactement le contraire et conçoit le mal à accomplir le lendemain !
Comme rien, dans mes lectures (d'autant que je les sélectionne) n'est vraiment un hasard pour moi, à propos de la nuit et ce qui se passe dans l'esprit des hommes durant les nuits, j'ai trouvé cette réflexion de Julien Green dans son journal:
"En pensant à quelqu'un je lui tenais mentalement ce discours: "Entre toi et toi-même, il faut que s'élève la muraille de flammes qui te gardera du mal et derrière laquelle l'âme pourra monter vers Dieu. Chaque jour est une bataille, et chaque nuit. Je le sais bien. Le sommeil lui-même n'est plus une cité de refuge contre le mal comme le fut la petite ville de Zoar (Note: Zoar ou: Soar - lieu où se réfugia Loth avec la permission de Dieu lors de l'anéantissement de Sodome).
Dans les rêves, dans le plus profond de l'inconscient et de l'irresponsable, le démon se rue comme une bête et c'est Dieu qui le repousse, mais la chair souffre de ce conflit dévastateur. Pourquoi n'en parle-t-on jamais ? Il est clair que si la volonté est endormie avec le corps, elle ne peut lutter. Qui donc lutte pour toi, si ce n'est ton Créateur lui-même ?
La pureté est tellement nécessaire à l'amitié de Dieu que si on la Lui demande fortement, Il la donne, mais il faut qu'elle soit liée à l'amour. Ceux qui croient que qu'elle (la pureté) n'est pas indispensable s'abusent de façon étrange".
L'auteur dans ce texte a identifié la petite ville de Zoar (le mot signifie "petit" en hébreux) comme le refuge du sommeil devant certaines catastrophes... qu'en pensez-vous ?
Pour ma part, en lisant ce texte, je me suis souvenu de rêves extrêmement pervers que j'avais vécus sous anti-dépresseur. A mon réveil, j'ai jeté le médicament et j'ai dit au médecin: "Jusqu'à la dernière nuit, je ne savais pas que mon propre cerveau put produire de telles images et je ne les tolère pas". Il m'a prescrit une nouvelle "molécule" beaucoup moins "agressive"...
A part cette anecdote, le texte du prophète - tout comme celui de J. Green, me rappellent encore la parole de Jésus:
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 20-25)
22 La lampe du corps, c'est l'oeil. Donc, si ton oeil est vraiment clair, ton corps tout entier sera dans la lumière ;
23 mais si ton oeil est mauvais, ton corps tout entier sera plongé dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres y aura-t-il !
... Si en plein jour, notre regard est déjà dans les ténèbres, qu'en deviendra-t-il durant les longues nuits d'hiver ? Il serait intéressant de retrouver ces anciennes prières que l'on donnait à réciter avant le sommeil. Car, oui, des anges peuvent nous visiter, mais il n'y a pas que les anges !
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 12,1-8.
En ce temps-là, Jésus passait, un jour de sabbat, à travers les champs de blé, et ses disciples eurent faim ; ils se mirent à arracher des épis et à les manger.
En voyant cela, les pharisiens lui dirent : « Voilà que tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat ! »
Mais il leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David, quand il eut faim, ainsi que ses compagnons ?
Il entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l'offrande ; or, cela n'était permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement.
Ou bien encore, n'avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ?
Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple.
Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices,
vous n'auriez pas condamné ceux qui n'ont commis aucune faute. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat. »
Comme j'aime beaucoup saint Augustin, je ne me retiens pas de reproduire ici son commentaire:
"Lorsque la grâce a été révélée, les fidèles ont été relevés de l'observance du sabbat qui consistait dans le repos d'un jour. Maintenant, par la grâce, le chrétien observe un sabbat perpétuel, si tout ce qu'il fait de bon il le fait dans l'espoir du repos à venir et s'il ne se glorifie pas de ses bonnes œuvres (...) En agissant ainsi, il se repose de ses oeuvres anciennes, marche dans les sentiers d'une vie nouvelle, et reconnaît que Dieu agit en lui, Dieu qui tout à la fois agit en lui en tant qu'il gouverne ses créatures comme il faut, et se repose, en tant qu'il a en lui la tranquillité éternelle."
Je peux m'imaginer les disciples marchant aux abord d'un champs de blé arrivé à maturité et, certainement sans penser à mal, froisser quelques épis pour en avaler la semence. J'ai fait cela l'année passée lors d'une visite à un ami qui a la chance d'habiter en pleine campagne, c'était gai sous le soleil très chaud. Nous avons croisé le paysan qui nous a lancé: "Goûtez ! La récolte est bonne !" Un souvenir joyeux, çà compte !... Dans une lecture précédente, nous avions lu comment Jésus avait réagi en expliquant aux Pharisiens que ses disciples ne pouvaient pas jeûner tant que l'Epoux est parmi eux. Il y a un temps pour tout et un temps pour chaque chose dit l'Ecclésiaste. Le temps que Jésus est venu apporter, et qu'Il apporte, aujourd'hui à tout homme, c'est le temps de la délivrance des entraves du péchés et de l'angoisse de la mort, et son Esprit nous guide en toute occasion.
Pour ce qui est de moi, aujourd'hui et dans les prochains jours, oui je vais jeûner pour obtenir la réussite de l'opération de ma mère, normalement prévue pour le 30 juillet, mais peut-être imminente, tant les douleurs l'accablent. Elle ne cesse de pleurer et de trembler sur ses jambes, et c'est intolérable. On n'est jamais trop fatigué à servir Dieu dans le prochain, les forces sont données en autant d'abondance que lors de la multiplication des pains.
28 En ce temps-là, Jésus prit la parole: "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. 29 Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos. 30 Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Je remarque qu'il y a dans le texte deux conditions pour obtenir le repos que Jésus procure: la première est de peiner sous le fardeau (ce qui présuppose que l'on reconnaisse l'existence dans le monde comme un fardeau - et c'est mon cas, même "moi" suis un fardeau pour moi !); et la seconde condition, c'est de prendre son joug et devenir son disciple.
L'origine du mot "joug" m'a posé quelques problèmes de recherche: le mot latin décrit une pièce de bois placée sur le collier des bœufs pour les atteler ensemble - j'imagine qu'en hébreu comme dans toutes les civilisations antiques, on désignait ainsi le même objet. De toute manière, on passe d'un fardeau à une "guidance" étroite, par laquelle on n'est plus seul, abandonné à son fardeau.
O étrange chose que la Bible ! Au moment où j'ai commencé cette recherche, j'ignorais qu'avant qu'elle aboutisse, j'apprendrais la date de l'opération de ma mère et aussi le fait qu'à cette date, le 30 juillet, mes deux sœurs seront au lac Majeur, en congés.
Ce que me dit donc la Parole de Dieu aujourd'hui, c'est d'abandonner ce nouveau fardeau aussi vite et de m'en remettre immédiatement au Seigneur. Eh bien, qu'il m'en soit fait ainsi... La voix légèrement altérée de ma sœur, à l'autre bout du fil, mon propre ton sobre, un peu froid, trahissent d'un côté un aveu du style : "Ne compte pas sur moi. Je te refile le problème") et de ma part.... oh l'angoisse d'abord, et maintenant la volonté de changer ce signe d'angoisse en signe d'espérance. Le Seigneur semble me dire: j'attends de toi que tu agisses en homme qui connaît l'Espérance et que tu ne te rebiffes pas.
Amen, Seigneur Jésus, qu'il m'en soit fait comme Tu veux !
(Mais tiens-moi fermement la main... que dis-je ? Ta main, Jésus, voilà mon joug !)
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11,20-24.
Jésus se mit à faire des reproches aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu'elles ne s'étaient pas converties.
Ces villes dont il est question dans l'Evangile du jour pourraient aussi bien porter chacun de nos prénoms. Dans le sens de ma propre expérience, la conversion est une joie qui nous donne à vivre, c'est une joie qui nous épanouit, c'est une joie d'espérance. "Si vous ne croyez pas mes paroles, dit Jésus par ailleurs, du moins croyez à cause des œuvres !"
Mais les hommes semblent peser tellement lourdement sur la terre, comment est-ce possible d'être aveugles, obtus et fermés à ce point ? Ce que Jésus reproche à Capharnaüm, Corazim et Bethsaïda, c'est d'avoir perdu l'esprit d'enfance. Car Il est venu, Il a rendu la vie à un paralytique, Il a chassé des démons, Il a réconcilié les ennemis jurés, Il a ressuscité des morts, Il a accompli parfois plusieurs de ces choses sur la même journée, en dépensant une énergie phénoménale... mais le lendemain, c'est comme si tout était à refaire. Quel chagrin, quelle lourdeur, quelle pesanteur dans les âmes !
Dans ce passage, je vois l'amour déçu, l'amour renié, déserté, abandonné comme une chose qui rebute - alors que si nous n'avions pas l'amour, si nous n'avions pas le désir d'aimer, autant creuser notre propre tombe un peu chaque jour ! Je me regarde moi-même dans ma glace et je vois qu'il y a du mort et du vivant en moi. Il y a, du côté de la vie, ce réveil difficile, suivi d'une prière qui m'a fait me lever aussitôt et abandonner ma tristesse. Il y a eu l'assistance portée à une personne âgée dans un monde qui ne cesse jamais de parler du "bon vieux temps". Il y a eu, à midi, ce repas avec un ancien ennemi, devenu ami parce qu'il est aujourd'hui orphelin anonyme comme je le suis moi-même - sans un seul mot sur le thème, mais j'ai bien ressenti que le coeur y était.
En même temps, du côté de la mort, de la mort en moi, il y a - et c'est typique: l'anticipation d'un avenir douloureux, le calcul sur le temps, l'argent dépensé, les nouvelles des journaux, le prix de l'essence, mon taux de cholestérol, la hausse des prix, l'avenir du pays, etc. Il y a donc un coeur léger, et il est léger par l'Esprit, et un coeur gros, alourdi par la chair.
Oh, comme c'est simpliste, me dira-t-on, et pourtant: comme c'est vrai, comme c'est clair ! Car les enfants aiment la vie, ils n'anticipent rien, ne connaissent pas la valeur de l'argent, ne lisent pas les journaux, n'ont aucune idée de l'évolution du prix du baril de pétrole, la politique leur paraît à cent lieues de la vie, et ils n'ont certes pas de problèmes de régime.
Notre malheur d'adultes, c'est sans doute d'être divisés en nous-mêmes. Je pense tout le temps à la femme de Lot, qui était sauve de Sodome, mais s'est retournée... nous nous retournons beaucoup trop souvent, et cela nous fige !
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10,34-42.11,1.
Jésus acheva ainsi de donner ses instructions aux douze disciples, puis il partit de là pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.
Voilà, c'est confirmé. Ce matin, une affichette était apposée sur l'une des chaises de la première pièce d'entrée du monastère des Clarisses. Elle disait: "Il n'y aura plus de messe ici à partir du 16 août. La chapelle sera fermée."
En posant des questions après la messe, j'ai appris que le prêtre continuerait à donner la messe "en privé" aux Sœurs jusqu'à leur départ pour la capitale à la mi-septembre. Ensuite, il sera possible d'assister de nouveau à une Eucharistie matinale dans un village voisin. Entre-temps, du 16 août au 15 septembre, une messe est dite à 8h00 dans une église en ville.
Toutes ces informations, je les livre avec mon partage, puisqu'elles en font partie. En effet, dans le dernier verset, pour les douze aussi, c'est le moment de l'envoi: eux vont aller de leur côté en suivant les instructions du Maître, et nous, les membres de la communauté eucharistique du monastère des Clarisses, nous allons être dispersés une première fois, ayant déjà tant reçu du Seigneur. Comme nous avons été privilégiés ! Puissions-nous, avec l'attitude d'abandon de foi, nous montrer dignes des dons reçus....
Dans mon partage d'aujourd'hui devrait figurer aussi, je le pense, la carte de vœux que m'a fait parvenir Odile, qui habite Montbrison (France), à l'occasion de mon anniversaire. Elle était, avant Internet, une correspondante lointaine (600 km) avec qui je partageais comme je le fais ici, mais en échangeant des pages de courrier. Ce que me dit Odile, c'est (après le décès de mon père et le départ de ma mère en maison de repos): "Vis pleinement ta vie et n'hésite pas à faire les choses qui te font envie..." En réalité, je crois avoir souvent fait ce que j'avais envie - mais globalement ce courrier est encore signe de changement.
Et de trois: ma mère rencontre le chirurgien demain matin et en moi, l'inquiétude est montée d'un cran - en même temps que mon "seuil d'alerte" dans la prière. Je n'ai qu'une seule intention de prière: "En tout et pour tout, Seigneur, qu'il nous en soit fait comme Toi tu veux !" (Ce que Léandre Lachance confirme en écrivant: "Mon enfant, tu n'as pas à t'inquiéter de rien; J'ai tout préparé et Je m'occupe de tout. Demeure dans l'action de grâce et la Jubilation en Me voyant agir. Nous entrons tous ensemble dans une Terre Nouvelle, une Église Nouvelle, avec des gens nouveaux aux cœurs nouveaux, continuellement renouvelés par l'Amour.")
Devrais-je ajouter, pour terminer, que je me familiarise au fonctionnement de mon GPS ? ... Ce cadeau, qui me permet désormais de voyager sans craindre de me perdre, décidément, me parle de changement lui aussi !
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10,24-33.
Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.
Cette Parole me rappelle que le Seigneur est venu apporter, non la paix au sens humain, mais un glaive - et la division au sujet de son Nom n'atteindra pas seulement les foules, mais même les familles - ce que j'ai vécu aussi. De jour en jour, je réalise qu'il devait en être ainsi et qu'il ne peut qu'en être ainsi. Parce qu'il n'y a pas deux façons de croire identiques, chacun d'entre nous apporte la sienne, et pas seulement par son témoignage mais par sa vie toute entière.
De nos jours, le Jésus "historique" n'est plus remis en cause (il existe trop de preuves historiques), mais une multitude de fables sont écrites à son propos, jusqu'à des sortes de thrillers pseudo-métaphysiques. Et fondamentalement, pour moi, il demeure qu'un désir sincère de vérité, une question qui se pose tôt ou tard à tout homme, dans sa conscience et dans son coeur, aboutit irrésistiblement à la question de l'existence de Dieu; et la question de l'existence de Dieu conduit elle-même à ce choix crucial: oui, je crois; non, je ne veux pas croire.
J'avais écrit: "La question de l'existence de Dieu conduit elle-même à ce choix crucial: oui, je crois; non, je ne veux pas croire." Mais c'était l'heure du repas et je suis parti en me posant la question de savoir si j'avais bien formulé cela: "Oui, je crois - ou bien: non, je ne veux pas croire".
En définitive, c'est une bonne formulation et je la garde telle quelle. Ce qui arrive à tout homme qui désire et cherche sincèrement à connaître la vérité sur l'existence et sur lui-même aboutit, tôt ou tard, quel que soit le chemin parcouru à constater ceci: "Le monde ment sur l'homme". Et dès qu'il en arrive à cette constatation, le mal est déjà débusqué.
Le monde ment. Et par "le monde", j'entends: l'organisation sociale, la philosophie, toutes les sciences humaines, et aussi les sciences dites "exactes" lorsqu'elles s'arrogent de parler de l'homme... l'économie, la politique, la culture, l'art, le langage lui-même. Il existe, épars dans ce que je nomme le monde, comme un sous-entendu, un présupposé absolument négatif - et c'est: "Dieu n'existant pas, tout le reste est possible".
En sorte que, tout homme malheureux qui commence à rechercher, de toutes ses forces, avec la sincérité et la rigueur les plus absolues... pourquoi la condition humaine est malheureuse, doit commencer par défaire l'écheveau de toutes les propositions fallacieuses qui découlent de ce principe: "Dieu n'existant pas, tout le reste est possible".
Il est obligé de nager en sens inverse, de retourner aux origines, de remonter le courant. Et il aboutit à ce constat: il y a un mensonge sur l'homme dès le départ.
En tout cas, moi, quand je fus arrivé à cette découverte, c'était deux jours avant ma conversion - ou peut-être mon suicide (*), tant la démarche avait été éprouvante pour mon être (elle avait duré grosso modo près de dix ans). Mais à partir du moment ou le mensonge avait été dépisté, alors la proposition d'origine se retrouvait pratiquement inversée: "Tout serait impossible si Dieu n'existait pas". A partir de là, j'ai eu ce choix à faire, tel que je l'ai formulé plus haut: "Oui, je crois" - ou bien: "Maintenant que je sais, je choisi en toute connaissance de causes de ne pas croire".
(*) Si j'ai parlé de conversion ou de suicide, à cause de ce que j'ai découvert sur la conversion de Jacques Maritain - qui avait suivi un chemin très semblable au mien. Voici son histoire:
Très jeune, lorsqu'il s'est inscrit à la Sorbonne pour y compléter ses études de philosophie, il partageait comme bien d'autres jeunes Parisiens des idées qui mènent à l'agnosticisme, c'est-à-dire à la conviction que l'Absolu est inaccessible à l'esprit humain. Un agnostique, c’est en effet quelqu’un qui rejette d’une part l'idée que Dieu existe; mais d‘autre part l’agnostique refuse l’idée des athées qui affirment que Dieu n'existe certainement pas. Pourtant, Maritain ne peut vivre sans se poser la question fondamentale du sens. La vie a-t-elle un sens?
La conviction des athées répugne au jeune Maritain. Il lui semble finalement que l'Univers doit bien avoir un sens caché. Comment affirmer en effet que notre Monde soit dépourvu de signification transcendantale? Cela lui semble improbable. Il est déchiré par l’idée:que le Monde doit bien avoir un sens qui nous dépasse. Maritain se heurte de plus en plus à des confrères agnostiques qui se refusent à discuter de ces choses sous prétexte que tout cela demeure sans solution. Par bonheur, son esprit tourmenté trouve enfin une âme soeur. C'est Raïssa Oumensoff, un jeune juive russe. Ce sera là une rencontre phénoménale, car un immense amour, un amour chaste les unira pour la vie. Mariés en 1904, ils parviendront à former un des couples les plus remarquables de leur époque.
Tous deux sont jeunes et entiers. Comme plusieurs couples qui sont près à mourir ensemble s'ils n'arrivent pas à trouver une raison de vivre, Jacques Maritain et Raïssa Oumensoff s'entendent solennellement au départ pour signer en quelque sorte un pacte de suicide. Si dans un an, ils sont toujours devant le vide et le néant, ils mettront fin à leurs jours! Ils veulent vraiment trouver le sens du mot «vérité». C'est évidemment le sens de l'Absolu qui leur manque. Heureusement, ils trouveront le chemin de la grâce en se rendant aux conférences très fréquentées de Henri Bergson*, philosophe qui obtiendra le Prix Nobel en 1927. La pensée de Bergson peut se résumer ainsi: il faut faire la distinction entre la connaissance rationnelle et l'intuition, seule capable de saisir la réalité profonde.
Cette mise en valeur de l'intuition permet à de nombreux auditeurs d'atteindre, de saisir le sens de l'Absolu. C’est le cas des Maritain. Tout change en eux. La lumière se fait. Jacques et Raïssa Maritain rencontrent bientôt Léon Bloy*, cet admirable pamphlétaire d'inspiration catholique, qui va savoir les guider, si bien qu'un an plus tard, en 1906, Bloy devient leur parrain lors d'une cérémonie de baptême historique.
évangile de jean chapitre 9 verset 41 : "Aussi longtemps que vous dîtes : nous voyons, votre péché demeure !"
Cette Parole de Jésus est adressée aux Scribes et aux Pharisiens qui viennent de se déclarer eux-mêmes des "justes". En début d'après-midi, en retournant cette phrase, en me rappelant qu'au tout début de sa mission, Jésus avait dit: "Je suis venu appeler non les justes mais les pécheurs"... j'ai compris soudainement comment de nombreux événements de ma vie m'avaient permis d'avancer.
C'est ainsi qu'une faute, reconnue objectivement, avant même ma conversion, m'a prémuni d'un penchant excessivement revendicatif. Ce fut un vaccin radical contre la tentation de l'orgueil (mais aussi contre l'auto-apitoiement, et aussi le désespoir - qui sont des formes d'orgueil).
C'est ainsi, également, que des épreuves que j'avais trouvées complètement injustes sur le moment, m'ont épargné des tentations auxquelles j'aurais eu difficile de résister: lorsque je fus accusé à tort de recel, puis acquitté, seul le goût du travail m'est resté, tandis que j'ai été délivré de l'appât du gain.
De même, ma relation passionnée avec la rousse Marcelline, dans laquelle je m'étais engagé complètement, et qui m'avait "brûlé la peau du coeur comme un feu de paille", m'a permis de franchir un pas supplémentaire dans l'abandon à Dieu. "Désormais, mon Dieu, je n'ai plus qu'une moitié de coeur pour aimer, mais je te la donne sans réserve".
Et encore, c'est une année de chômage forcé (mon environnement de travail ayant fait l'objet d'un grand chantier de 15 mois) qui m'a fait découvrir la vie de prière, de silence et de services connus de Dieu seul.
Enfin, c'est à la suite d'une crise dépression de quatre mois, durant laquelle j'ai eu vraiment "le souffle de vie suspendu" (incapacité totale de travailler)... qu'en m'adressant au crucifix de ma conversion, j'ai décidé un après-midi de me relever, de "mourir debout, comme un homme". Une semaine plus tard, j'étais complètement guéri, mais je n'ai plus cessé de participer à une Eucharistie quotidienne... qui m'a conduit à découvrir la théologie de la Miséricorde et un "ABC de la vie intérieure... lesquels m'ont mené rapidement à la délivrance de la tabagie, puis à la Lectio Divina, et ensuite à ces partages d'Evangile, vers lesquels je me sens littéralement entraîné chaque jour.
Ainsi, non seulement je crois que "tout concourt au bien pour celui croit", mais aussi que, parfois, Dieu permet nos chutes pour nos relèvements et que les temps de souffrance et de vide préparent de nouveaux jaillissements d'eau vive. Béni soit Dieu !
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 7-15)
07i Jésus disait aux douze Apôtres: "Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche.
08 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement.
09 Ne vous procurez ni or ni argent, ni petite monnaie pour en garder sur vous ;
10 ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. Car le travailleur mérite sa nourriture.
Tout m'apparaît lié: la proximité du Royaume, les signes qui accompagnent cette annonce (guérisons, résurrections, purifications des lépreux, exorcismes), et la gratuité dans la réciprocité parfaite.
Les apôtres ont reçu gratuitement des pouvoirs extraordinaires, mais ils ne sont pas pour autant l'égal du Maître, mais simplement des travailleurs. Et la ferme recommandation de Jésus de ne rien emporter des biens terrestres est liée à la faiblesse de foi (déjà bien reconnue dans d'autres passages) des ouvriers.
L'exigence de Jésus peut paraître sévère, mais que se serait-il passé sans ces ordres détaillé ? D'un parfumeur dont ils auraient guéri l'enfant, ils se seraient encombrés de vases de parfums de grands prix; d'un marchands de tissus, des pièces de toile en offrandes pour la purification d'un parent lépreux; et le marchand de perles, que n'aurait-il donné pour la résurrection de sa jeune épouse ? Bref, s'ils avaient accepté quoi que ce soit, ils seraient revenus non comme ils étaient partis, mais avec une caravane d'ânes et de chameaux ... accompagnés de gardes, de marchands de toutes sortes, auxquels se seraient immédiatement mêlés des espions d'Hérode et de Pilate, qui auraient immédiatement flairé un danger pour l'autorité établie. Il suffit de se souvenir qu'après avoir simplement donné à manger à la foule, Jésus a été obligé de fuir, car ils voulaient s'emparer de Lui pour le proclamer roi !
Ces consignes valent pour chacun d'entre nous également. Elles sont en rapport direct avec le talent que nous avons reçu gratuitement de Dieu pour travailler ainsi que les disciples. Pour ma part, je rends grâce que mes partages quotidiens de l'Ecriture ne soient rétribués d'aucune façon et je rends grâce encore que même mon véritable nom ne soit connu que de quelques-uns. Vive le pseudonyme ! Je l'avoue: j'ai parfois "râlé" qu'il y ait peu de partages en retour, mais comme je me serais vite découragé s'il y en avait eu beaucoup !
Car ma récompense, c'est ma joie. Je sais que je l'ai obtenue plusieurs fois au moment où j'écrivais: en vérité, quel étonnement, quelle stupeur certains jours, lorsque je me suis senti traversé par l'Amour... car je n'avais eu strictement rien à dire au moment de taper la première lettre du premier mot d'un partage "impossible aujourd'hui" !